Higher walls, more patrols–nationalist measures to problems of illegal border crossings are unlikely to be effective, more likely to warp the structure of immigration. A commentary by Guido Friebel and Sergeï Guriev in Le Monde describes how tougher border controls tend to push illegal immigrants into the waiting hands of organized crime rather than repulsing them.

Good news for you, [smugglers]! The western governments are trying to control immigration by organizing a battle against illegal immigrants. The voyage becomes more perilous. You become incontrovertible. And at their arrival, your stranglehold on the endebted illegal immigrants is stronger than ever before. If they attempt to escape, they will fall into the police dragnets. Their docility is much more likely. … Your invenstment is more likely to be profitable. [Translation mine]

Border enforcement drives up the cost of crossings. The potential immgrants, unable to pay, lose their independence to organized crime. Indeed, the poorer the immigrant, the more likely that he or she will be indebted to the smugglers.

Friebel and Guriev point to a second problem as well: concentrating on the border, the places where the labor of illegal immigrants is exploited are left unobserved.

So, how effective is tougher border security? With regards to illegal immigrants, probably not much. If they are caught at the border, fine. If not, they descend into a spiral of dependence that authorities pay no heed to. Organized crimes can only profit from this situation.

[The untranslated articles is below the fold.]

[ETA] The federal government seems already aware of this vulnerability among illegal immigrants.  Fearing that drug cartels will court them for the meth trade, the government is producing Mexican-style fotonovelas to dissuade immigrants from crime:

Fotonovelas — pocket-size picture books popular in Mexico — have gotten a California makeover that authorities hope persuades immigrant laborers to resist the easy-money temptation of the methamphetamine trade.

Thousands in the meth-plagued Central Valley have read the bilingual graphic-novel story of Jose, a farmworker who creates tragedy for his family by working for a drug ring. No Vale La Pena, or It’s Not Worth It, has inspired a Spanish-language docudrama, and police from Tennessee to Colorado have requested copies.

In Mexico, fotonovelas often illustrate life’s struggles through recurring characters, like the trucker with a heart of gold or the secretary trying to get ahead. Community leaders in and around Merced, about 130 miles southeast of San Francisco, saw them as an effective way to reach immigrant workers.

“We were trying to get that message across to a population that has a very low literacy level and that’s really isolated,” said public relations executive Virginia Madueno, who created the booklet. “So we thought, ‘Aha! A fotonovela.'”

 

 

Un bon plan pour les passeurs, par Guido Friebel et Sergeï Guriev

Imaginez que vous êtes à la tête d’un réseau criminel. Votre marché : les candidats à l’émigration issus des pays pauvres, sans cesse plus nombreux à chercher un avenir meilleur en Occident. Certains d’entre eux, les plus riches et éduqués, peuvent payer le voyage d’avance. D’autres vous “indemnisent” une fois arrivés, en travaillant sans rémunération pendant un temps dans l’arrière-cuisine d’un restaurant, dans un atelier ou sur un chantier qui appartient à vous ou à l’un de vos partenaires…

Bonne nouvelle pour vous ! Les gouvernements occidentaux cherchent à contrôler leur immrgration en organisant la lutte contre les clandestins. Le voyage devient plus périlleux. Vous devenez incontournables. Vous pouvez augmenter vos prix. Et à l’arrivée, votre emprise sur les clandestins endettés est plus forte que jamais. S’ils tentent de s’échapper, ils tomberont dans les filets de la police. Leur docilité est donc beaucoup plus probable. Pas besoin de les faire garder en permanence par des gros bras. Ils peuvent même travailler en contact avec le public… Votre “investissement” a donc toutes les chances d’être rentable !Ces effets pervers des politiques répressives pourraient être sans grandes conséquences si l’activité des réseaux criminels était marginale. Ce n’est pas le cas, car l’immigration longue distance ne cesse de s’accroître, et c’est le marché principal de ces réseaux.

Plus que d’Afrique du Nord, les candidats à l’immigration illégale en France arrivent en effet aujourd’hui d’Afrique noire, de Chine, du Sri Lanka, du Pakistan, de l’est de la Turquie, d’Asie centrale. Et la part de ceux qui passent par les réseaux augmente rapidement : on estime par exemple que plus de la moitié des émigrés asiatiques recourent à leurs services.

Le prix du voyage pour un Chinois qui vient en France était il y a cinq ans d’environ 20 000 euros. Il atteint désormais le double. Peu de candidats à l’immigration peuvent réunir une telle somme en recourant uniquement à leur entourage familial. L’endettement est donc devenu la norme. Les immigrés sont en conséquence de plus en plus nombreux à rembourser par une période de travail non rémunéré. Les réseaux prospèrent…

Que faire ? Une politique plus ouverte à l’égard de l’immigration amènerait une baisse de rentabilité pour les réseaux car ils risqueraient fort de voir leurs débiteurs se volatiliser dans la nature une fois arrivés à bon port. La part des immigrés très pauvres, endettés et contraints à la servitude diminuerait donc. On aurait au final des immigrés plus nombreux probablement, mais moins démunis, moins dépendants des réseaux criminels, et donc plus susceptibles de s’intégrer.

Une politique de ce type semble peu probable aujourd’hui. Au contraire, les gouvernants augmentent les moyens de la police et orientent celle-ci vers la recherche du clandestin. Résultat ? Il a aujourd’hui beaucoup plus de risques d’être contrôlé dans la rue et reconduit à la frontière que d’être repéré sur son lieu de travail. C’est toute la chance des réseaux criminels.

Si, en revanche, de nombreux ateliers clandestins commençaient à être démantelés, si leurs donneurs d’ordre étaient systématiquement mis en cause pour avoir fait travailler des sous-traitants employant des sans-papiers, dont certains réduits en servitude, le trafic de clandestins deviendrait immédiatement moins profitable.

C’est la raison pour laquelle une politique efficace contre l’immigration illégale doit faire beaucoup plus d’efforts pour combattre le problème à la source : il s’agit d’accroître les moyens dévolus à l’inspection du travail, pour qu’elle visite les ateliers et les chantiers, et détecte les travailleurs en servitude. Mais l’enjeu paraît aussi politique. Les Etats-Unis viennent de décider de construire un mur high-tech pour lutter contre l’immigration mexicaine. Les coûts de ce projet sont pharaoniques : les estimations les plus modérées parlent de 10 millions de dollars par kilomètre de mur, sur une longueur de 1 200 km (un tiers de la frontière totale entre les deux pays). Certains évoquent un budget global supérieur à 13 milliards de dollars. C’est que deux clans sont nettement opposés chez les républicains. Les plus conservateurs, souvent hostiles aux étrangers, se posent en gardiens de la patrie.

Mais nombreux sont les chefs d’entreprise qui apprécient de bénéficier d’une main-d’oeuvre bon marché. Le mur paraît dans ce contexte une sorte de compromis : il permet d’afficher une position ferme contre l’immigration illégale. En même temps, de nombreuses études ont montré que les murs sont assez inefficaces, il ne met donc pas en danger les intérêts commerciaux. Les employeurs de clandestins ne craignent pas plus qu’auparavant les visites d’une inspection du travail toujours sous-dotée et peu efficace.

Le panorama est assez semblable en France. La droite nationaliste apprécie les postures combatives, les reconduites aux frontières. Et de la même manière qu’aux Etats-Unis, aucun groupe de pression n’agit véritablement pour que soient détectés et punis les dirigeants d’entreprise qui profitent des clandestins.

L’enjeu est considérable. Les réseaux criminels d’immigration clandestine connaissent un boom sans précédent. On l’a bien vu cet été, lorsque s’échouaient chaque semaine des cargaisons de Pakistanais et d’Africains épuisés sur les côtes des Canaries. En ne maltraitant que les plus faibles, les clandestins, on ne résoudra pas le problème. Il faut s’attaquer aux réseaux, mettre en danger leur business. En période électorale, le sujet est pour le moins sensible.

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